Critic

THE KID : REBEL WITH A CAUSE.

- Introductory Essay -

By Dr. ALAIN QUEMIN - Le Journal Des Arts.

Honorary Member of The French University Institute.

Author of « The Stars Of Contemporary Arts », CNRS Publishing House, 2013.

 

THE KID : LA FUREUR DE DIRE.

Essai Introductif - Par Dr ALAIN QUEMIN - Le Journal Des Arts

Membre Honoraire de l'Institut Universitaire de France, Auteur de « Les Stars De L'Art Contemporain », Editions du CNRS, 2013.

 

Do you know many artists like THE KID (1991) who, in their early twenties, already master drawing - in his case Bic blue ballpoint pen or oil pencil mixed with charcoal - sculpture and even painting with such a virtuosity ? And do so without even having received any kind of formal training to their media of predilection at an art school ? While most aspiring artists of his age are still only at the early stage of « formulating proposals » - as we say in the art world - THE KID has already been creating true master pieces for over three years. And he is literally developing an « Oeuvre » - a body of work - in its own right, with a meteoric rise and a staggering production. As if time was urging him to fulfill his calling, like under a double pressure to create and also bear witness of his own era.

Vous en connaissez beaucoup des artistes âgés d’à peine plus de vingt ans comme THE KID (il est né en 1991) qui pratiquent le dessin – ici, au stylo Bic bleu ou à l'huile et au fusain - la sculpture et la peinture avec autant de virtuosité ? Et cela sans même avoir suivi, de surcroît, la moindre formation à ses médiums de prédilection en école des Beaux-Arts. A l’âge où beaucoup d’aspirants artistes sont encore en période de formation ou n’en sont guère qu’à « formuler des propositions » - selon l’expression consacrée dans le monde des arts plastiques - THE KID, lui, crée des œuvres, depuis déjà plus de trois ans. Et il fait littéralement œuvre avec un parcours fulgurant, une production stupéfiante. Comme si le temps pressait de réaliser ce à quoi il est appelé, comme soumis à une double urgence de témoigner et de créer.

The work of THE KID is bound to the United-States, as his artist name itself evokes (he was always the youngest so he was always spontaneously called like this, a nickname he then decided to make his own, to create, it also refers to all his juvenile subjects as to his subject itself. Half-Brazilian, half-Dutch and raised in The Netherlands by his grand-parents, who lived through the liberation of Europe by the American troops, he grew up with the many glorious stories about these heroes, who set Western Europe free and, by doing so, also brought with them their own consumer culture and way of life, symbolized by the stars and stripes of the American flag epitomizing the American dream (a huge vintage US flag almost falling apart hangs on one wall in the studio of THE KID). An American dream central to THE KID's work, but here in the form of a broken one. Indeed like the photographer GREGORY CREWDSON, THE KID reveals the backstage of the American dream. Influenced, as a teenager, by his own experience in the USA, where he became aware that, for way too many there, youth is not full of promises but, on the contrary, opens onto simply no future at all. THE KID's work is inhabited by a strong sociological consciousness, rarely seen in the work of such a young artist. One cannot ignore this almost traumatic urge to bear witness of this new lost generation, doomed to fail from the very beginning, symbolized here by the violence of life imprisonment without a chance of parole for criminal minors. The denunciation of the US carceral system, which does not give any chance of redemption or re-insertion to these minors is a recurring theme in THE KID's work. And in the direct continuity of his art, THE KID actively supports the International non-governmental organization Human Rights Watch, which defends human rights all over the world and in particular the reform of the US juvenile justice system.

Le travail de THE KID le rattache aux Etats-Unis, comme l’évoque son nom d’artiste emprunté à la langue de ce pays (il a toujours été le plus jeune et a toujours été spontanément désigné de la sorte, reprenant désormais, pour créer, ce nom qui le rattache par ailleurs à ses juvéniles sujets et à son sujet même). Moitié brésilien et moitié hollandais, mais élevé aux Pays-Bas par des grands-parents ayant connu la Libération par les troupes américaines après guerre, il a, comme beaucoup de ceux ayant grandi au contact de cette génération, entendu raconter l’arrivée triomphale et l’histoire glorieuse des héros qui rendaient leur liberté aux peuples d’Europe de l’Ouest et qui, en même temps, les ouvraient à une culture et à un mode de vie tout différents exprimés par quelques symboles, drapeau national orné de bandes et d’étoiles (un drapeau américain trône actuellement dans l’atelier de dessin de THE KID) ou chewing-gums distribués par les soldats aux enfants. Ces enfants d’alors, ou ceux auprès desquels ils ont ensuite témoigné, ont été sans doute les plus exposés au rêve américain, un rêve que l’on retrouve bien chez THE KID, mais brisé par sa propre expérience directe des Etats-Unis qui semble l’avoir marqué à jamais. Comme le photographe GREGORY CREWDSON, THE KID donne donc à voir l’envers du décor du rêve américain. Très tôt conduit à voyager outre Atlantique, à une époque durant laquelle, THE KID est devenu autonome avec une extrême précocité, il a pu multiplier les expériences et découvrir à quel point la jeunesse, malgré toutes les promesses qu’elle semble contenir, n’ouvre, pour certains, sur aucun avenir. Il y a ainsi, chez THE KID, une conscience sociologique issue de sa propre expérience peu commune chez un jeune de son âge. On ne saurait ignorer cette prise de conscience quasi-traumatique qui s’est accompagnée de la nécessité de dire, de témoigner de la violence dont sont victimes les jeunes auxquels aucun autre destin n’est promis que celui de l’échec, et qui sera ici mieux que tout symbolisé par l’enfermement carcéral. Car avant même de finir en prison, de faire la triste expérience d’une fin connue d’avance, les jeunes promis à celle-ci sont, dès le départ, enfermés dans leur propre destin dont rien ne saurait les délivrer. Sans cesse revient dans le travail de THE KID la dénonciation du système judiciaire américain qui n’offre aucune possibilité de rédemption ou de réinsertion à ceux qu’il « accueille » dès leur plus jeune âge pour mieux les broyer. Dans la continuité de son travail artistique, THE KID soutient activement l’association de défense des Droits de l'Homme  HUMAN RIGHTS WATCH.

Already in 2013 « Too Young To Die ? » and in 2014 « As A Flower Chooses Its Color », two works by THE KID, expressed most clearly the future of this new generation inevitably destined to fail. The young artist presented back then two hyperrealist sculptures, the first one is of a new born in an hospital incubator and the second one of a baby just coming to life between the legs of its mother and who seems to be giving the finger to life and to the world (?). Both of them appear already tattooed, monopolized by their community and their dark fate, barely born but immediately prisoners of their families’ gangs and of their doom, as indicated by their gang tattoos like indelible stigmata. These signs already announcing a life wasted and devoted to violence, the same social violence of which  they were themselves originally the victims of, condemned in advance to die young or to experience a social death as violent and desperate, if not more, by spending almost their whole life behind prison bars. Wouldn't it have been better for the new born in the incubator to be « unplugged » in its early days, so as to be set free from a surely wasted life ? In front of such an acute consciousness of the burdens of society, of such a vibrant refusal of injustice and of so much consistency in the message of the work, and all this by such a young artist, one can only be amazed.

Déjà en 2013 « Too Young To Die ? » et en 2014 « As A Flower Chooses Its Color », deux œuvres de THE KID, mieux que toutes les autres, témoignaient de ce futur fatalement marqué du sceau de l’échec, brisé par la violence de ce funeste destin (« doom » en anglais). Le jeune artiste présentait deux sculptures hyperréalistes, l’une d’un nourrisson dans sa couveuse, l’autre d’un enfant en train de naître, sortant des cuisses de sa mère semblant faire un doigt au monde et la vie (?). L’un comme l’autre apparaissaient déjà tatoués, accaparés par leur communauté et par leur lourd destin, à peine nés et aussitôt prisonniers tant du gang de leur famille dont ils portaient les tatouages comme d’indélébiles stigmates que du sort qui allait les mener à leur perte. Ces signes apparaissaient déjà annonciateurs d’une vie gâchée consacrée à la violence poursuivant celle dont ils sont eux-mêmes socialement les victimes, condamnés à mourir dans leur plus jeune âge ou à connaître une mort sociale tout aussi violente et désespérée, si ce n'est plus, en passant la totalité de leur vie ou presque derrière les barreaux des prisons. N’aurait-il pas mieux valu pour le nourrisson placé dans sa couveuse retirer, dès ses premiers jours, la prise le maintenant en vie pour le soustraire à une existence perdue d’avance ? Devant une conscience si aigüe du poids du social chez un artiste aussi jeune, un refus si vibrant de l’injustice, face à tant de consistance dans le propos porté par l’œuvre, on ne peut être qu’interpellé. Combien d’aussi jeunes artistes plasticiens ont-ils autant à dire, à communiquer par leur création avec une aussi forte nécessité et combien d’entre eux parviennent-ils à l’exprimer avec autant d’efficacité formelle ?

Indeed, this is what is the most remarkable about the work of THE KID : there is an incredible coherence between the meaning of his work - the themes he is exploring since his early beginning as a visual artist, at the same time drawer, sculptor and painter - and the form he chooses, which relates him directly to the hyperrealist art movement, be it for his drawings and paintings or for his sculptures. The choices he makes are perfectly appropriate for his subject and are not the results of a convenient exploitation of his extreme technical virtuosity. For the form is perfectly serving his subject and not just a meaningless choice, on the contrary. Alhough hyperrealist artists are numerous, in drawing and sculpture, beyond the mere American artists (let's mention here among others the huge GERHARD RICHTER for Germany or HUCLEUX and JACQUES MONORY for France, who makes sense, here, since the blue tones of the violently cold paintings of the later respond directly to the color of the blue Bic ballpoint pen used by THE KID to express a close reality), it is still in the United-States - we come back to it - that this movement draws its most direct source with EDWARD HOPPER and by borrowing also from the Pop Art, and then flourished the most during the 50's and the 60's. It is also in the United-States that the hyperrealist movement experienced its most productive filiation with artists such as the master of black ROBERT LONGO, RICHARD ESTES or CHUCK CLOSE, among many other painters or drawers. For sculpture, it is also an American artist, DUANE HANSON, who imposed himself the first with his hyperrealist sculptures, reflecting the American culture and mocking a superficial and standardized way of life. By choosing for hyperrealism, THE KID doesn’t just blindly uses  his amazing artistic talents, he found the best artistic medium to express, with a spectacular efficiency, the theme he is exploring in his work, the sacrifice of a new young generation through incarceration, which finds precisely in the United-States its most violent and its most despairing illustration with real life imprisonment, in particular for minors. Here, another reflection of the artist’s subject in his work’s form is the way of presenting his drawings, THE KID inserts them under security glass in deep frames, what locks up the images of the teenagers’ faces or busts the same way the represented teenagers are themselves locked up in their destiny sealed by the carceral universe.

Car c’est là le plus remarquable chez THE KID : il existe une formidable adéquation entre le fond de son travail, ce qu’il explore depuis le début de ses travaux d’artiste visuel, tout à la fois dessinateur, peintre et sculpteur, et la forme pour laquelle il a opté, le rattachant très directement au courant de l’hyperréalisme, tant dans ses dessins et peintures que dans ses sculptures. Ce choix relève d’une parfaite justesse et ne se réduit nullement à l’exploitation commode de son extrême virtuosité technique. Car celle-ci n’est nullement gratuite et, tout au contraire, elle est mise au service du propos. Certes, les artistes hyperréalistes sont nombreux en dessin et en peinture, bien au-delà des seuls artistes américains (citons ici notamment l’immense GERHARD RICHTER pour l’Allemagne ou bien HUCLEUX et JACQUES MONORY en France, d’autant qu’aux coloris bleus des peintures pleines de froide violence de ce dernier répond directement la couleur de stylo bille utilisée par THE KID pour exprimer une réalité proche). C’est toutefois avant tout aux Etats-Unis – on y revient – que le courant puise sa source la plus directe avec EDWARD HOPPER et en ayant emprunté également au pop art, puis qu’il s’est le plus épanoui dans les années 1950 et 1960. C’est encore aux Etats-Unis que le courant hyperréaliste a connu sa plus riche filiation avec des artistes tels le maître du noir ROBERT LONGO, RICHARD ESTES, ou encore CHUCK CLOSE parmi bien d’autres peintres et dessinateurs. En sculpture, c’est aussi un artiste américain, DUANE HANSON, qui, le premier, s’est réellement imposé par ses œuvres hyperréalistes reflétant la culture américaine en la raillant et en pourfendant un mode de vie superficiel, standardisé. En choisissant la voie de l’hyperréalisme, THE KID n’utilise donc nullement de façon gratuite son incroyable habileté, il a trouvé le meilleur moyen plastique pour exprimer, avec une spectaculaire efficacité, la thématique qu’il creuse dans ses œuvres, le sacrifice de la jeunesse lié à l’enfermement qui trouve précisément aux Etats-Unis sa plus violente, sa plus désespérante illustration, avec l’emprisonnement à vie, celui des jeunes mineurs en particulier. Autre reflet du propos de l’artiste dans la forme, ici le mode de présentation de ses dessins, THE KID les insère dans des cadres derrière des verres de protection qui enferment les images de visages ou de bustes d’adolescents de la même façon que les sujets représentés sont implacablement enfermés dans leur destin lié à l’univers carcéral.

It is for sure the interpenetration between the subject and the form, characteristic of the best artists, which can be seen in a striking manner, especially for such a young creator, in the whole work of THE KID. Here, the narrative dimension is central, the represented human characters are literally staged by the artist with a mastery probably nurtured by his early studies in dramatic arts. Though young and beautiful, his characters appear as if they have been stopped in their impulses, necessarily thunderstruck in their flamboyant freshness, because of a destiny too heavy to carry for these young people, who were born in disadvantaged classes of the American society and who, we know, are fatally condemned to failure even before having tried any attempt to succeed or to find a way out. Through their portrayals sometimes also appear the figures of Saints or Prophets, even of a Christ, inevitably sacrificed to their destiny too heavy for beings made out of flesh and blood. The creations of THE KID also evoke and merge references to the gangs - that one can imagine Californian - the relationship to the catharsis, the religious symbols - as this wound on the right side of the chest like the one of Jesus Christ -, a whole symbolic vocabulary, which links our utmost current times with the pictorial and sculptural tradition inherited from the old masters. In the works of THE KID, the tattoos of the represented characters deliver information about them, their lives and their values : tattooed tears marking committed murders, figures referencing Bible verses, and as in the old religious paintings, they invite to different levels of interpretation of the artist's work. Here, the collision of the contemporary and of the references to the history of art, like for example in the way of an ERNEST PIGNON-ERNEST, reveals itself in whole its strength, although THE KID is entirely self-educated, and proves his great ability to acquire and assimilate cultural and artistic references. As in the sacred, we are facing here a true enigma through this incredible technical mastery of the artist associated to his ability to root the work into the richest artistic tradition borrowed, among others, from classical art. However the multiple and meaningful references are intended to be understand by the majority and not to be reserved to an audience of specialists and art insiders. By doing so, THE KID knows how to develop a body of work, which is strongly moving through the double generosity of his message and of his relationship to the spectator, as well as through the sincerity he is animated by.

C’est donc bien l’interpénétration entre le fond et la forme propre aux meilleurs artistes que l’on retrouve, de façon étonnante pour un si jeune créateur, dans tout le travail de THE KID. La dimension narrative y est centrale, les personnages représentés sont littéralement mis en scène avec un art qui provient probablement de ses études d’art dramatique. Les sujets, bien que jeunes et beaux, apparaissent comme coupés court dans leur élan, nécessairement foudroyés dans leur flamboyante fraicheur, en raison d’un destin trop lourd à porter pour eux, jeunes issus des milieux défavorisés de la société américaine que l’on sait fatalement condamnés à l’échec avant même d’avoir effectué la moindre tentative pour réussir, pour s’en sortir. A travers eux transparaissent parfois également des personnages de saints ou de prophètes, voire un Christ, eux aussi inévitablement sacrifiés à leur destin bien trop lourd pour des êtres de chair et de sang. Sous le trait de THE KID, se mêlent ainsi les gangs que l’on imagine californiens, le rapport à la catharsis, les emblèmes religieux telle cette plaie portée au flanc droit évoquant celle du Christ, toute une symbolique qui fait le lien entre notre époque la plus actuelle et la tradition tant picturale que sculpturale héritée des maîtres anciens. Dans les œuvres de THE KID, les tatouages qui marquent les personnages représentés confèrent des informations sur eux, sur leur vie et leurs valeurs : larmes tatouées rappelant des meurtres, chiffres renvoyant à des versets bibliques précis, et, comme dans la peinture religieuse ancienne, invitent à différents niveaux de lecture de l’œuvre. Ici, la collision du contemporain et des références empruntées à l’histoire de l’art à la façon d’un ERNEST PIGNON-ERNEST apparaît dans toute sa force, alors même que THE KID n’a pas suivi de formation en arts plastiques, et témoigne de sa grande capacité d’acquisition et d’assimilation des références artistiques. Comme dans le sacré, il est ici question d’énigme à travers cette formidable maîtrise technique qui se redouble de la capacité à inscrire l’œuvre dans la plus riche tradition empruntée notamment à l’art classique. Pourtant, les références, à la fois profondes et multiples, se veulent accessibles au plus grand nombre et ne sont pas réservées à un public de spécialistes et d’initiés. En cela, THE KID sait développer une œuvre touchante, tant par la double générosité du propos et du rapport avec le spectateur que par la sincérité qui l’irrigue.

If the sculptures of THE KID present an undebatable familiarity with the hyperrealist sculptures of RON MUECK (he started learning how to work with the silicone material composing his sculptures by watching videos on Youtube of this UK-based artist originating from Australia...) and while they both explore the Human condition and its fragility, THE KID's sculptures focus more on the fatality. If, as for his predecessor, the sculptures of THE KID demand eight to nine months of work, the subject they serve is so strong that we could almost forget the long production process, even more than for the Bic drawings. Obsessed by the expression and the transmission of emotion, the artist aims at compensating the violence of his subjects by the beauty of his models - the youth of the bodies is central here, as for RYAN Mc GINLEY or LARRY CLARK - so as to better convey his message. There is absolutely no decorative preoccupation for THE KID, only the intention to address the largest possible audience, to offer his work to the sight of the largest possible public, hence the use of seduction to compensate the gravity of the theme, which could turn people off at first sight otherwise. So as to do so, he also tries to provoke the spectator, which makes the connection with the artistic approach of the CHAPMAN brothers, in order to trigger a reaction. The work of THE KID, while definitely grounded not only into our modern era but even into our very present time, through its familiarity with the most contemporary urban culture, has this fascinating capacity to propel the spectator – again here the narrative quality – in a double movement towards the past of the represented characters, which should better be forgotten, and simultaneously towards a future, where the mere possibility of their existence seems forbidden. The characters are condemned to failure and to their doom, to the fatality of an existence wasted in advance. One can think here of LARRY CLARK, of his lost young teenagers, whose youth and related-to-it temporary beauty are the only brief and fragile success they will ever experience. As for LARRY CLARK, the great technical mastery of THE KID does not include any sort of coldness, albeit here the favored blue tint of the drawings, since the work is highly touching by its emotion, by the true commitment of the artist and for it speaks of humanity. THE KID knows that appearances can be misleading and that behind beauty the deepest distress can be found.

Si l’œuvre sculptée de THE KID présente une indéniable parenté avec la sculpture hyperréaliste de RON MUECK (il a d’ailleurs appris à travailler le silicone qui compose ses sculptures en regardant des vidéos de l’artiste britannique d’origine australienne sur Youtube...) qui, elle aussi, explore la condition humaine et sa fragilité, THE KID, pour sa part, traite davantage de la fatalité. Si, comme chez son prédécesseur, les sculptures peuvent nécessiter huit à neuf mois de production, la force du propos en viendrait presque à faire oublier le long processus de production, qu’il s’agisse des dessins ou, davantage encore, des sculptures en silicone. Fasciné par l’expression et la transmission de l’émotion, l’artiste vise à compenser la violence de ses sujets par la beauté des modèles - la jeunesse des corps est centrale, comme chez RYAN Mc GINLEY ou LARRY CLARK - pour rendre le message plus efficace. Il n’existe aucun souci de décoration chez THE KID, mais juste le souci de s’adresser au plus grand nombre, d’offrir son œuvre au regard le plus large, d’où le recours à la séduction pour compenser la gravité du propos qui pourrait rebuter. Pour cela aussi, il cherche à interpeller le spectateur, voire à choquer, ce qui le rapproche de la démarche plastique des frères CHAPMAN, pour provoquer la réaction. L’œuvre de THE KID, tout en se situant résolument dans notre époque mais aussi dans l’instant même, du fait notamment de la parenté avec la culture urbaine la plus contemporaine, possède également cette fascinante capacité à propulser - on retrouve ici la dimension narrative - dans un double mouvement vers un passé de ses personnages dont il vaut mieux se détourner, mais aussi, simultanément vers un futur dont la possibilité même semble comme interdite. Les personnages sont condamnés à l’échec et au malheur, à la fatalité d’une existence perdue d’avance. On pense ici à LARRY CLARK, à ses jeunes paumés dont la jeunesse et la beauté fugace liée à celle-ci constitueront le seul bref et fragile succès. Comme chez LARRY CLARK, la grande maîtrise technique de THE KID n’inclut nulle froideur, malgré ici, de surcroît, les teintes bleues privilégiées, car ce travail est également éminemment touchant de sensibilité, d’engagement de l’artiste et parce qu’il parle d’humanité. THE KID sait que les apparences peuvent être trompeuses et que, derrière la plus grande beauté, peut se cacher la détresse la plus profonde.

The body of work of THE KID mixes a complex set of influences, equally rooted into the « highbrow culture » (the « haute culture », the one of visual arts in particular) and the « lowbrow culture » mostly based on cinema (on can think here of the rebellious roles interpreted by James Dean like in « Rebel Without A Cause », and, closer to us, of the movie directors HARMONY KORINE, GUS VAN SANT or XAVIER DOLAN, in particular for his movie « Mommy »). Indeed, it is in Los Angeles, the world capital of the movie industry, that THE KID buys most of the material he uses for his silicone sculptures, and animation movies, a genre often considered as minor within an art already ranked at the 7th place by itself, are also a source of creation for the artist. THE KID likes to get his inspiration from cinema because this medium invades the spectator, plays with its emotions, in particular in the animation movies, which enchant you, like for WALT DISNEY, who created his own immersive universe and is not without any connection with NORMAN ROCKWELL. Hyperrealism cannot fool and is not at all a submission to reality. Like in many animation movies and cartoons, the eyes of the characters of THE KID are often larger than in reality, in order to reinforce the expressivity and the impression of candor and innocence. Through this type of pictorial process and although the artist definitely embeds himself into a hyperrealist approach, a sculpture, a drawing or a painting of THE KID is recognizable at first sight. Although he roots his sculpture work into the hyperrealist approach explored before him by artists such as DUANE HANSON, MAURIZIO CATTELAN or RON MUECK, he remarkably distinguishes himself from his peers by the very personal message conveyed by his work. The disarming sincerity of the message associated to the evoking force of the visual expression, as much as the references given to be seen, are the foundations for a unique body of work.

L’œuvre de THE KID relève d’un mélange complexe d’influences entre « Highbrow culture » (la « haute culture », celle des arts visuels notamment) et « lowbrow culture » renvoyant surtout au cinéma (on pense ici aux rôles interprétés par James Dean tel que « La Fureur de Vivre », et, plus près de nous, aux cinéastes HARMONY KORINE, GUS VAN SANT ou XAVIER DOLAN, surtout avec son film « Mommy »). D'ailleurs c’est à Los Angeles, capitale mondiale du cinéma, que THE KID achète la plupart du matériel utilisé pour ses sculptures en silicone et, le dessin animé, genre souvent considéré comme mineur au sein d’un art qui ne s’est classé lui-même qu’en septième position, constitue également une source de création pour l'artiste. THE KID aime s’inspirer du cinéma parce que ce médium envahit le spectateur, joue de l’émotion, notamment dans le dessin animé qui enchante, comme chez WALT DISNEY qui a su créer son propre univers et qui n’est pas sans lien avec un artiste comme NORMAN ROCKWELL. L’hyperréalisme ne saurait d’ailleurs tromper et n’est en rien soumission à l’exacte réalité. Comme dans de nombreux dessins animés et bandes dessinées, la taille des yeux des personnages de THE KID est très souvent agrandie, pour renforcer l’expressivité et l’impression de candeur juvénile et d’innocence. Par ce type de procédé pictural, et bien que l’artiste s’inscrive résolument dans une démarche hyperréaliste, une sculpture ou un dessin de THE KID se reconnait au premier regard. Même s’il inscrit sa sculpture dans la voie hyperréaliste explorée avant lui par des artistes tels que DUANE HANSON, MAURIZIO CATTELAN ou RON MUECK, il se distingue remarquablement de ses aînés par le message très personnel associé à son œuvre. La désarmante sincérité du message associée à la force évocatrice de l’expression plastique tout autant que les références données à voir fondent une démarche unique.

Among the most recent works by the artist, it's important to mention in particular a remarkable sculpture, « Blessed Is The Lamb Whose Blood Flows », a hyperrealist statue of a young man, whose features are not without recalling the ones of its author. A masculine - almost - nude, with a very classical facture, but barely wearing a US base-ball cap and boxer shorts, which on the contrary anchors him definitely into our modern times, as well as the tattoos covering his torso. So, he is foremost a young skater. In his back, one can see two dark wings, which turn him equally into a baroque archangel inspired from CARAVAGGIO. The claws of a bird of prey continue the wings and seize the model, wounding him and tearing his flesh apart. The open wound on the right side of his chest elevates the subject to the rank of Christ. After the immediate evocation of an archangel figure, given the grace and beauty of the model - slick muscles -, and once we have identified the feathers of a bird of prey, we then come back to the wings, unsure whether the bird - a Ruppell vulture - is actually attacking the character, who is falling down or whether it is elevating him, evoking a movement of deliverance or even redemption. Or is it rather Icarus, the mythical hero who burned his wings before falling back to his deadly fate ? Or is it even a reinterpretation of Prometheus with wings or of Saint Sebastian ? Or of a slave of Michelangelo ? This is how the here-represented figure reaches out to a universal dimension, although it is directly inspired from the artist himself, but without any form of narcissism. Who cares after all for the exact identity of the religious or mythical figures of inspiration here convoked, it is inevitably destined to a tragic fate. The posture of the young man recalls a descent from the cross, a recurring theme in the classical religious painting, be it by GIOTTO, FRA ANGELICO, ROGIER VAN DER WEYDEN or PONTORMO. The void gaze, the almost mannerist grace of the slim body, of the thunderstruck youth and, in particular, of the right hand, not triumphal but on the contrary like abandoned, express the submission and the confrontation to a dramatic destiny. All these many details evoke the works by PONTORMO or GRECO, but also the hands of God and Adam in the sublime fresco of the Sistine Chapel by MICHELANGELO representing « The Creation Of Adam ». The reference to the masterly baroque sculpture by BERNINI is also visible : an hand is never only an hand, behind every detail lies a narrative intention, a true theatricality expressed by the postures, in particular the hands. With this sculpture, which expresses, once more, the rebellion against the tragic fate of a sacrificed youth, with an evident determination and an amazing technical mastery, THE KID offers us a striking master piece, not only by its social truth but also its artistic maturity.

Parmi les œuvres les plus récentes de l’artiste, il importe de distinguer une sculpture remarquable, « Blessed is the Lamb whose Blood Flows », une statue - hyperréaliste - de jeune homme dont les traits empruntent à ceux de son auteur. Un - quasi - nu masculin de facture très classique, guère vêtu que d’une casquette et d’un caleçon qui l’ancrent, à l’inverse, résolument dans notre époque, de même que les tatouages ornant son torse. C’est donc - notamment - un skater. Dans son dos, on aperçoit deux ailes sombres qui en font tout autant un archange baroque qui semble emprunté au CARAVAGE. Des griffes d’oiseau de proie poursuivent les ailes, étreignent le modèle en le blessant, viennent déchirer sa chair. La plaie qui s’ouvre ainsi au côté droit élève le sujet au rang de Christ. On revient alors aux ailes dont on ne saurait vraiment déterminer si, après l’évocation immédiate d’une figure d’ange étant donné la grâce et la beauté du modèle - fine musculature, délicate apparition du pubis encore peu fourni -, une fois identifié le plumage d’un oiseau de proie, celui-ci attaque le sujet qui s’affaisse ou, au contraire, le soulève en évoquant un mouvement de délivrance voire de rédemption. Ou s’agit-il d’un Icare, héros se brûlant les ailes avant d’être renvoyé à son fatal destin ? Ou bien encore, d’une variante ailée d’un Prométhée ou d’un Saint Sébastien ? D’un esclave de Michel-Ange ? C’est ainsi que la figure représentée ouvre ici à l’universel, et ceci bien qu’elle s’inspire directement de l’artiste lui-même, sans le moindre narcissisme toutefois. Peu importe, après tout, l’identité exacte de la figure d’inspiration religieuse ou mythique ici convoquée, elle sera inévitablement liée à un destin tragique. La posture du jeune homme rappelle une déposition de croix, thème récurrent de la grande peinture religieuse classique, que ce soit chez GIOTTO, FRA ANGELICO, ROGIER VAN DER WEYDEN ou PONTORMO. Le regard est absent, la grâce presque maniériste du corps sec, de la jeunesse foudroyée et de la main droite en particulier non pas triomphale, mais, tout au contraire, comme abandonnée, expriment la soumission et la confrontation à l’échec. Tout cela évoque les œuvres de PONTORMO ou du GRECO, mais aussi les mains que se tendent Dieu et Adam dans la sublime fresque de la chapelle sixtine peinte par MICHEL-ANGE représentant La Création d’Adam. La référence est claire également à la sculpture baroque magistrale du BERNIN : une main n’est jamais qu’une main, derrière chaque détail se cachent une dimension narrative, une véritable théâtralité qu’expriment les postures, notamment la position des mains. Avec cette sculpture qui exprime, une fois de plus, la révolte face au lourd destin d’une jeunesse sacrifiée, avec une force résolue dans le propos et une formidable maitrise technique, THE KID livre une œuvre saisissante de justesse et, déjà, de maturité artistique.

DR. ALAIN QUEMIN

Alain Quemin is a Doctor of Sociology, a University Professor and an Art Critic.

He published, in 2013, « The Stars Of Contemporary Arts » (CNRS Publishing House).

He is an Honorary Member of The French University Institute and a professor of Arts and Sociology at Paris VIII European Studies University, New York City Columbia and New School For Social Research, Los Angeles UCLA, London School Of Economics, Montreal University, Barcelona University, Campinas Brazil University, Bologna Italy University and Zurich Switzerland University.

He writes in Le Journal Des Arts (France) and ESSE (Canada) and he is a member of the Publishing Committee of Cultural Sociology (UK), Sociology And Societies (Canada), International Sociology (Australia) and Sociology Of Art (France).

Alain Quemin est Docteur en Sociologie, professeur universitaire et critique d'art. 

Alain Quemin a publié, en 2013, « Les Stars De l’Art Contemporain » aux Editions du CNRS.

Il est Membre Honoraire de L'Institut Universitaire de France, professeur de sociologie de l’art à l’Institut d’études européennes de l’Université de Paris VIII et chercheur invité à l’Université Columbia et à la New School for Social Research (New York, États-Unis), à la London School of Economics (Royaume-Uni), à l’Université de Montréal (Canada) ainsi qu’à l’Université de Barcelone (Espagne) et à l’Université de Campinas (Brésil), il est professeur invité depuis plusieurs années à UCLA (Etats-Unis), à l’Université de Bologne (Italie) et à l’Université de Zûrich (Suisse).

Il écrit dans le Journal des Arts et a écrit dans Artpress (France) et ESSE (Canada) et il est membre du comité de rédaction des revues Cultural Sociology (Royaume-Uni), Sociologie et sociétés (Canada) ainsi qu’International Sociology (Australie). En France, il est membre du comité de rédaction de Sociologie de l’Art.